8.3.12

Les murs aux sauvages




Il y a 25 ans 1/2, ils étaient de véritables révolutionnaires. Ils arrivaient avec pots de colle, balais pour étendre la glu, et rouleau d'affiches. Ils regardaient autour d'eux. Pas de police, ok, go! Ils avaient toujours parait-il dans leurs poches le montant pour payer une éventuelle amende, montant passablement plus élevé que leur salaire de la journée sans doute. Comme dans toute petite révolution, Publicité Sauvage a lutté. Ici, pour permettre l'affichage sur les panneaux de bois masquant les chantiers, les murs abandonnés, les fenêtres bouchées. Ils ont évidemment eu gain de cause, et en fait aujourd'hui qui se souvient de ces débats? 

Mais la révolution a été accompagnée d'une évolution. Une évolution dans le design d'affiche. Soudainement, l'affiche ne se trouvait plus dans un espace circonscrit dédié à la promotion d'événements en grande majorité artistiques. Soudainement l'affiche s'est montrée partout. De grandes boîte de graphismes y ont fait école, de grands affichistes sont devenus célèbres. Les ORANGETANGO, Frédéric Metz, LINO, Vittorio sont des artistes recherchés, salués et largement diffusés. Car tout est une question de diffusion, l'affiche prenait maintenant tout son sens, devenait moyen d'expression, et avec le temps miroir culturel de la société. 

Célébrant leur 25 années et demie de travail, Publicité Sauvage lance cette année 15 expositions, un livre que tous voudront recevoir en cadeau, le tout sous la direction du très respectable commissaire Marc H. Choko. Début janvier, c'était aux Foufounes Électriques de recevoir une expo sur les affiches de bars connus, dont l'hôte. Ensuite, une série d'affiches du Café Campus présentée en ses terres et un autre consacrées aux causes sociales, communautaires et politiques présentées très judicieusement à l'Écomusée du Fier Monde.


Hier et jusqu'au 24 mars, c'était au tour du Collège Dawson de présenter une série d’affiches sur la culture anglomontréalaise, la très injustement oubliée. Punchées, les affiches du Fringe. Designs, les affiches du Centre de Design de l'UQÀM. Très célèbres les affiches d'artistes célèbres. Mais ce que je retiens surtout c'est que la bonne affiche demeure collée à notre mémoire beaucoup plus longtemps qu'elle ne reste collée aux murs de la ville. Aucune de ces affiches ne m'était inconnue. En fait, elles nous rappellent plutôt les événements en tant que tel, ceux qu'on a aimés, ceux qu'on a manqués. Un joyeux mélange de souvenirs côtoient l'admiration que l'on porte à ces belles oeuvres d'art. Car, bien qu'éphémère dans son temps d'exposition, l'affiche est un art. Elle assure sa pérennité par la grande qualité de son design, et par la force d'impact de son message. 


Il reste encore 11 expositions à venir d'ici le mois de novembre. On peut savoir où et quand ICI


Publicité Sauvage fête ses 25 ans et demi
au Collège Dawson jusqu'au 24 mars
dans plusieurs autres lieux jusqu'au 9 décembre
et partout en ville pour au moins les prochains 25 ans et quart à venir!

no.





3.3.12

Des dangers d'être beau


Le monde des possibles n’est-il pas presque infini ?


À mi-chemin entre la fiction et la science-fiction il y a ces romans qui sont ceux des possibles. Les œuvres d’anticipation, de précipitation dans le temps. Comme si l’auteur s’était propulsé dans un avenir proche ou encore un présent du subjonctif. L’humain aurait pu, au lieu de développer certains moyens technologiques avoir  développer d’autres techniques plus proches de lui, plus risqué pour son équilibre psychologique mais peut-être tout aussi efficace.

José Carlos Somoza est un écrivain que j’aime beaucoup. Il pourrait décrire une traversée des plaines canadiennes à pied que je serai sur le bout de ma chaise à lire, que je m’empêcherais de dormir pour connaître la chute. Dans L’Appât, il décrit un monde où policiers et détectives forment et emploient des personnes qui jouent certaines attitudes, avec une gestuelle précise et dévastatrice sur l’intellect des « victimes » de leur petit théâtre. Chacun aurait son point faible, ici appelé psynome, et se trouverait possédé par quiconque jouerait pour lui l’attitude adulée. En fait, les appâts existent certainement, mais jamais ils utiliseront une technique de jeu théâtral pour attraper quelqu’un !

Diana a donc la tâche énorme de capturer un psychopathe qui torture, viole et tue à petit feu des femmes, surtout des prostituées, dans Madrid. Mille et un rebondissements, mille et un risques et surtout une myriade de mises en danger extrême qui n’a rien à voir avec celles de pénétration double à TVA. À chaque page son revirement, à chaque page, on en apprendra un peu plus sur la technique des appâts.

Beaucoup de sang, de sueurs froides, de sueurs très chaudes, de fantasmes et de fantaisies sexuelles. Beaucoup d’action, de luttes au corps à corps et de combats de psychés.

José Carlos Somoza construit ses œuvres de façon plus qu’efficace, ses descriptions minutieuses dans les moments forts où l’action virevolte dans tous les sens (à l’image de ses personnages) sont si parfaitement écrites que jamais le lecteur ne perd une goutte des sucs salés de l’histoire. Mais aussi, dans chacune de ses œuvres, l’auteur fait preuve d’une très vaste culture. Ici Shakespeare a inspiré la technique des appâts et influencé la construction de l’œuvre. Comme dans Shakespeare également, à la tombé du rideau, il ne restera plus beaucoup de vivants…

Œuvre tonique, presque joyeuse dans sa cruelle morbidité, L’Appât se présente comme un roman policier du futur. Je n’aime ni les romans à suspense, ni les policiers, ni la science-fiction. Pourtant, depuis que j’ai découvert Somoza par l’insurpassable Clara et la pénombre, je suis comme qui dirait « possédé ».

L'Appât, José Carlos Somoza
traduit de l'espagnol par Marianne Millon
Acte Sud, 2011

no.

29.2.12

Des dangers d'être heureux


Je répugne toujours un peu de parler de ce qui me touche le  plus. Mais quand un roman a pour titre Générosité, un peu embêtant de ne pas l’être à son endroit. De plus j’avais une petite dette personnelle envers son auteur. J’avais commencé à lire le très célébré roman Le temps où nous chantions, du même Richard Powers, sans être capable de le terminer. Peut-être était-ce un mauvais moment pour lire une œuvre aussi longue et touffue, je m’y suis ennuyé ferme.

Richard Powers
Générosité est tout à fait mon type de littérature. Actuel, ce livre traite de sujets de l’heure : génétique, médiatisation outrancière, lutte de pouvoir économique et intellectuel. Actuel, ce livre intègre toutes les formes de surcommunication que nous subissons aujourd’hui, et en fait un usage comme la société en fait usage de nos jours. C’est-à-dire un peu trop ! Après une fin de XXè siècle inféodée à la surconsommation, il me semble fort possible que le XIXè sera celui de la surcommunication.

Une étudiante universitaire d’origine algérienne à Chicago étonne et séduit par son caractère dangereusement positif et sa bonne humeur inoxydable. Un professeur, une psychologue et, plus tard, un chercheur renommé, une redoutable animatrice de télé s’intéressent à elle de façon intensive et lui forgent une gloire qui dépasse largement les murs de l’université où elle étudie. Via les médias sociaux, par un passage remarqué à un talk show, Oprah travestie en Oona pour les besoins de la cause ici, l’étudiante connaît les affres d’une gloire aussi subite qu’éphémère, subit l’adoration et la déchéance.

En fait, tout une flopée de personnages s’imaginent avoir enfin trouvé le « gène du bonheur ». Au même titre que la crème rajeunissante, le régime de jouvence, la lotion pour la repousse de cheveux sur les chauves (hé), le bonheur éternel fait rêver. Être heureux tout le temps, toute la vie. Évidemment, libre à chacun de croire ou non à de telles hypothèses-sornettes. Chose certaine, il est plausible que de telles recherches préoccupent nombre de laboratoires et de chercheurs en 2012…

L’ouvrage est construit en petits chapitres, non chronologiques où tout s’éclaircira lorsque nécessaire, chaque chapitre se concentrant sur certains personnages, sous le point de vue d’un narrateur dont l’identité sera dévoilée seulement à la fin du roman. L’écriture tonique tient en haleine, les personnages ont une crédibilité qui nourrira l’imaginaire du lecteur pendant longtemps. La générosité corrosive du personnage central saura idéalement corrompre quelques lecteurs.

Quant à moi, je me remets bientôt à la lecture des autres romans de Richard Powers, auteur magnifique.


Générosité, Richard Powers
Éditions Le Cherche Midi, Paris, 2011

no.




13.2.12

Femmes, femmes, femmes


Grand bleu «mcb», Marie-Claude Bouthillier, 2003,
encaustique et encre sur papier, 250 x122 cm. 
Collection de l’artiste. Photo : Yan Giguère.




Courte mais dense exposition à la galerie de l'UQÀM. Toutes femmes, les artistes donnent à voir ce qui se perçoit mal à la vue. Ce qui est plus ressenti que vu. Vécu plus que regarder.


De très grands noms côtoient de moins connus, mais les oeuvres sont toutes d'égal intérêt. Ce qui est plutôt exceptionnel dans le cadre d'une exposition de groupe. L'accrochage impeccable nous fait passer d'une artiste à l'autre sans heurts, comme si les oeuvres partageaient toutes une même table, un même lit. Même les couleurs des oeuvres sont en harmonies, comme si le titre de l'exposition, Loin des yeux près du corps,  commandait un camaïeu de beiges avec de belles touches de rouges et de bleus.... En fait la commissaire, Thérèse Saint-Gelais, a fait un travail exemplaire, sélectionné un corpus cohérent. Ici, la beauté des oeuvres participe à la beauté de l'ensemble. 


J'ai particulièrement apprécié l'étrange texture de la peinture de d'Angèle Verret. Son Baiser éternellement reporté intrigue et séduit. Très difficile de résister d'y toucher, de palper la toile. Avec de l'acrylique elle réussi à nous faire voir une plaque de métal oxydée et abîmée. Envouté le blogueur fût! Il y a également à voir-ressentir, deux magnifiques oeuvres de Ghada Amer. Des broderies sur toile. Dans un beau fouillis de fils dans une gamme de multiples rouges surgissent tout à coup des visages, des mains, des petits pieds brodés un peu voilés par l'amas de fils. Subtiles et captivantes ces deux pièces de Ghada Amer nous donnent envie de courir au Musée d'art contemporain de Montréal (MACM). Une petite rétrospective de cette magnifique artiste égyptienne y est présenté depuis le début du mois, en compagnie de trois autres artistes, là encore toutes femmes, et Thérèse Saint-Gelais agit également comme commissaire pour cette partie de l'exposition au MACM. Deux institutions décident, au même moment de nous présenter de grandes artistes, à nous de nous laisser émouvoir.


Sans titre (Œil)Geneviève Cadieux, 1991, 
épreuve argentique sur papier, [épreuve d’artiste d’une édition de 2], 103 x 131 cm. 
Collection d’œuvres d’art de l’UQAM, don d’Anne-Marie Cadieux. Photo : Galerie de l’UQAM

Il ne reste que quelques jours, jusqu'à ce samedi.
On ira voir l'exposition au MACM bientôt?






Loin des yeux près du corps
Galerie de l'UQÀM, jusqu'au 18 février
140, rue Berri, local J-R 120, Montréal


no.

10.2.12

Xenakis nous rend intelligent


Si tout tournait rondement sur l'art planète, la musique la plus récente serait aussi la plus populaire. La musique des XXe et XXIe siècles, en ce dont il convient d'appeler la musique de concert, devrait toucher les contemporains que nous sommes. Les propos, les thèmes sont actuels. Le langage correspond à ce que nous nous attendons de l'art aujourd'hui. La danse contemporaine, le théâtre expérimental, les arts visuels réussissent à toucher un assez vaste public.  Marie Chouinard, Marc Séguin, Robert Lepage sont, à juste titre, des stars et ont une carrière qui, à défaut d'être très lucrative, est certainement satisfaisante. Mais lorsqu'on parle de musique contemporaine, si on demande au quidam de nommer quelques compositeurs contemporains, québécois ou non, on obtiendra qu'un haussement de sourcils... Un sourire à l'envers, non mais de quoi on parle. 

Le problème à la plus grande diffusion de la musique actuelle ne vient certainement pas de la musique elle-même. Ni de ceux qui l'interprètent. De très grands musiciens jouent cette musique avec le plus grand succès. Le problème est plus probablement imputable à ceux qui paient (mécènes, aides gouvernementales, etc...) et ceux qui en parlent dans les médias. Oui, il y a quelques mordus résolus qui encouragent la création musicale d'aujourd'hui. Pas nombreux, trop peu. Mais il y a un os : les critiques musicaux. Invariablement, ils dénigrent, ils conspuent. Les critiques musicaux se posent en gardiens d'une tradition immuable, en pourfendeur de toute avancée dans l'art d'interpréter et de représenter la musique. Mon amie pianiste et blogueuse en parlait dans un récent billet. ICI. Elle a bien raison, il ne s'agit que d'une bête paresse intellectuelle.

Maintenant la bonne nouvelle du jour. 


Vu et entendu hier un concert offert par l'Ensemble Contemporain de Montréal, ECM+, un collectif de musiciens, qui, sous la direction de Véronique Lacroix présente des événements musicaux multidisciplinaires, avec de très nombreuses premières mondiales ou canadiennes à son actif. Hier on présentait tout un corpus d'un de mes compositeurs chouchous du XXe siècle, Iannis Xenakis. J'ai déjà parlé en ces pages (ici et ) de ce compositeur et architecte. Un homme qui a eu une carrière exemplaire, qui a su innover, inventer tout en créant une oeuvre accessible et compréhensible. Hier soir au programme, deux oeuvres pour percussions solo, interprétées de façon magistrale par un très grand musicien de chez nous : Olivier Maranda. La première pièce au programme, Rebonds, datant de 1987-89, nous a tout de suite acculé au pied du mur. Percutante ça va de soi, mais surtout extrême. Quand Xenakis écrit pour un instrument, il souhaite que l'interprète dépasse les limites de sa technique, les limites sonores habituelles. Au final une oeuvre de Xenakis s'impose d'abord par sa tonitruance (!). Mais tout de même, l'auditeur se sent drôlement intelligent car la forme est claire, évidente. Aussi, qu'il connaisse ou non l'oeuvre, il peut en suivre le parcours, et en appréhender le développement. Rebonds pourrait séduire un auditoire du centre Bell autant que celui de la petite salle du conservatoire de musique.

L'auditeur se sera senti encore plus intelligent avec la deuxième oeuvre au programme : Mycenae Alpha. Première oeuvre entièrement écrite avec l'UPIC, un système de composition anté-numérique, inventé par Xenakis dans les années 70. Sur l'écran on a pu suivre un diagramme, sorte de graphique, et l’on entend le son qui correspond au dessin. De petites lignes horizontales, plus ou moins épaisses définissent la qualité du son, la hauteur où elles sont placées définie... la hauteur du son! et la superposition des lignes définie le nombre de sons entendus en simultanés. On pouvait donc entendre dans la salle les gens rigoler, prévoyant ce qui allait advenir à la seule vue du dessin. Quant à moi, un pur moment de grâce. Communion entre public et musique, qui n'était pas jouée en "live" faut-il le rappeler, absolument incomparable. 

Les autres pièces m'ont moins convaincu. La première canadienne de Kassandra pour percussion, baryton et psaltérion (une lyre) souffrait du manque d'une traduction du texte. Petit opéra de poche à deux rôles chantés par Vincent Ranallo qui alterne entre voix falsetto et voix naturelle avec virtuosité et beaucoup de musicalité. Malheureusement, mon grec (!) est tellement loin que je n'ai même pas su deviner s'il s'agissait de grec ancien ou moderne. L'histoire de Cassandre nous est un peu connue, mais pas au point de ne pas avoir besoin d'un petit rappel.

En fin de programme, création d'une oeuvre de Gabriel Dufour-Laperrière qui était totalement à contre-courant de tout ce que nous venions d'entendre plus tôt. Une oeuvre toute en douceur, en maniaque subtilité des timbres et des sons. J'ai vu tout au long de cette pièce, Peindre le cri, un nuage. Nuage de sons, de couleurs, de matières chatoyantes. Beaucoup plus près du style de Toru Takemitsu que de Xenakis, le jeune compositeur montréalais gagne à être réentendu dans un contexte où notre oreille aura été un peu moins agressée auparavant. Il travaille régulièrement pour les arts visuels, et ce sera probablement là où je pourrai le croiser à nouveau et vous en parler plus longuement un jour.

La bonne nouvelle dans tout ça ?

La salle d'environ 200 places était pleine à craquer. Ils ont refusé du monde. Finalement, le public aura peut-être un jour raison de ces casseux de party que sont nos VIEUX critiques musicaux. Vieux dans leur mentalité. Et si on peut rêver que le public s'approprie la musique d'aujourd'hui, alors là...

Xenakis extremis Kassandra, ECM+,
Théâtre Rouge du Conservatoire de musique de Montréal. 
9 février 2012.


no.

7.2.12

Tripoter sa pellicule

 Untitled #2, de la série Your Eyes Used to Call Me Liar, Jérôme Nadeau, 2010
avec l'aimable autorisation de l'artiste

La photographie est un art de technique. Impossible de parler de photos sans mentionner le type de tirage, le procédé de prise de vue, le type d'appareil, l'apport du travail numérique sur la photo elle-même. Jérôme Nadeau, a décidé de détourner ces questions techniques pour nous offrir un travail sensuel avec la pellicule. En fait, mis à part deux oeuvres du corpus A-B, toutes les photos de Nadeau n'en sont pas. À partir de la pellicule elle-même, qu'il passe aux différents bains, jouant avec la lumière qui s'y imprègne, il touche, gratte la pellicule. En fait un travail plus près du dessin que de la prise de vue, très éloigné des techniques numériques, des effets glacées et miroitantes de la photographie contemporaine.


Untitled, série Wisk Walks, Jérôme Nadeau
avec l'aimable autorisation de l'artiste



Il ne faut donc pas y chercher un sujet, ni y décoder un message philosophique (du moins c'est là ce qui j'y ai vu) mais se laisser bercer par la douce sensualité de ces images abstraites. Des images noires, mises en boîte de verre, ayant une forme véritable, en trois dimensions, le papiers étant déformé par les traitements subis. Des images floues, au propos tout aussi flous. La beauté réside dans le geste, dans le "grain" de la photo (étrange de parler de grain de la photo alors qu'il n'y a pas de photo en tant que telle), l'intérêt croît avec la contemplation. 


Jérôme Nadeau oeuvre dans le noir de sa chambre et donne à voir en plein jour de la galerie Les Territoires, le reflet de ses réflections.




Untitled #3, de la série Your Eyes Used to Call Me Liar, Jérôme Nadeau, 2010
avec l'aimable autorisation de l'artiste



A-B, de Jérôme Nadeau
Galerie Les Territoires, jusqu'au 18 février
Belgo Building, 372, rue Sainte-Catherine ouest, suite 527
Montréal


no.



4.2.12

Inspiration double



Croquis du carnet de notes #399, Álvaro Siza, Macchu Picchu, Pérou, 1995.
© Álvaro Siza, Architecte


Deux artistes : Martin Chambi, photographe et Alvaro Siza, architecte.
Deux pays : Pérou et Portugal.
Une source d'inspiration commune : Macchu Picchu


Fans de tuques péruviennes, de vêtements en ceintures fléchées et de bas à orteils aux couleurs différentes, amateurs de flûte de pan et du brait des ânes : vous risquez d'être déçus. Tant mieux pour moi qui exècre ces folklorités andines. Ici on parle de dessin, de photo et d'architecture. Plus intéressant.


Vue partielle la Maison de la Ñusta avec ruelle, une entrée à gauche et les escaliers menant au Temple du Soleil à droite , Martín Chambi, Pérou, 1927.
CCA Collection. © Archivo Fotografico Martín Chambi


Le site de Macchu Picchu attire les touristes du monde entier. Imaginons un instant combien de photographies seront prises en 2012 sur le site. Si l'objectif des appareils photo grugeait un petit bout de ce qui est pris en photo, il y a longtemps que le site aurait disparu, le plancher ayant été ramener au niveau de la mer! Mais, il y a toujours un premier photographe. Rarement touriste. Et au fond le reportage du premier fait preuve d'un flair et d'un désir de propagation de la culture incomparable avec les trillions de photos prises par tous ces touristes à vif. Par conséquent, le risque que le Centre Canadien d'architecture acquière et expose les cliché de vos prochaines vacances au Pérou demeurent faibles. Mais nous donner à voir les cliché de Martin Chambi, datant de la fin des années 20 nous rapproche de notre sujet. Car enfin, quel est le sujet de cet exposition? Chambi photographe? Siza architecte? Macchu Picchu muse intemporelle?


 Vue partielle du Quartier royal avec la cour, Martín Chambi, Macchu Picchu, Pérou, 1927.
Collection CCA © Archivo Fotografico Martín Chambi

Quant à moi, j'y ai surtout vu la chance de jeter un oeil dans l'intimité créatrice d'un starchitecte de renom. Car dans l'octogone du CCA, on trouve dans le coin droit les photos et le coin gauche les dessins de l'architecte. Il a visité le site andin en 1995. Purement à titre inspirationnel. Foin des milles et unes superstitions, analyses ésotériques et autres jojosavarderies, Alvaro Siza y a vu des escaliers, des murs, des façons de placer des briques et des pierres. Un indécrottable architecte quoi. Ce qu'il y a d'intéressant dans cette exposition est donc de voir son regard sur l'objet Macchu Picchu. Il travaille avec des carnets d'écolier noirs, format régulier. Il y consigne ses idées, dessine ses ébauches de projets ou la gueule enfariné de ses meilleurs amis, y écrit ses listes d'épicerie ou la liste des vêtements qu'il a portés pour sa dernière conférence. 


Croquis du carnet de notes #399, Álvaro Siza, Macchu Picchu, Pérou, 1995.
© Álvaro Siza, Architecte


Conscient de sa valeur et sa renommée, l'architecte prend un soins jaloux de ses carnets. Il en vend parfois quelques pages au profits d'organismes culturels, il les empilent dans sa chambre à coucher (enfin, c'est ce qu'on nous a dit à la visite de presse, je ne suis pas aller vérifier mes sources à la source). C'est donc un grand privilège de pouvoir en voir un à Montréal. Sous verre, Siza ne nous permet pas de tripoter ainsi son journal intime, et ce sont des reproductions qui sont exposées au mur. Les dessins sont beaux, parfois ludiques, et on aura choisi certaines vues identiques à celles du photographe du mur d'en face.


Que le commissaire de l'exposition, Fabrizio Gallanti, ait voulu faire un parallèle avec un projet architectural de Siza datant de la fin des années 70, toujours en cours de réalisation, m'a semblé un brin tiré par les cheveux. D'autant plus que Siza a visité le site en 1995. De plus, les photos du chantiers, prises par des photographes contemporains sont plutôt vagues sur les ressemblances présumées et les caractéristiques typologiques. Si sur ce dernier point, je n'ai pas été convaincu, je préfère me rabattre sur les oeuvres exposées. 


Les photos sont non seulement historiques mais elles sont archi-connues. Les dessins qui s'attardent aux milles détails de construction nous donnent un point de vue différent (enfin!!) sur le site. Pour ces deux raisons, il faut courir vite au CCA, et faire le tour de la petite mais importante salle octogonale.


Alturas de Macchu Picchu, Martin Chambi-Alvaro Siza à  l'oeuvre
Centre Canadien d'Architecture, jusqu'au 22 avril,
1920, rue Baile, Montréal


no.
Croquis du carnet de notes #399, Álvaro Siza, Macchu Picchu, Pérou, 1995.
© Álvaro Siza, Architecte

3.2.12

La cimaise aux sauvages

Sans titre, Rita Letendre 1966

Plusieurs pays dont le nôtre ont quelques difficultés avec leurs autochtones. Que ce soit l'Australie, les pays d'Amérique du Sud ou le Canada, il semble que pour tous il soit difficile de vivre en harmonie avec les peuples qui étaient là avant nous. Aussi, il est plutôt rare que nous entendions, via les médias, quoique ce soit de positif sur les autochtones. On parle avec une certaine compassion de leurs conditions de vie sur les réserves, on accueille avec un certain scepticisme leurs revendications, on rejette avec rage leurs moyens de protestations. Voilà pourquoi je ne m'étonne pas trop que l'exposition en cours à la Galerie Art Mûr ne fasse pas le Téléjournal ou Tout le monde en parle disons... Car il faut bien le dire, une telle exposition va à contre-courant de tous les préjugés que la société pourrait avoir à l'endroit de cette communauté. Il y a une vie artistique autochtone. Il y a un art autochtone qui, certes, montre les préoccupations de la communauté, mais qui est d'abord un art actuel. Un art qui est trop peu vu, peut-être hormis celui de la doyenne Rita Letendre, trop peu diffusé. Pourtant l'art, bien plus que le sport, est souvent la porte d'entrée des communautés blessée et mal aimées dans le monde des mieux nantis, dans le monde tout court!







Baliser le Territoire présente 25 artistes pour la plupart inconnus du milieu des arts. Nadia Myre, une des moins inconnues du groupe d'artistes, agit à titre de commissaire. De toute évidence son but aura été de nous mettre sous le nez un art abouti, au langage pointu, un art aux médiums actuels, et à un esthétisme raffiné.














Writing Landscape, Vanessa Dion-Fletcher






Je n'avais pas envie de prendre partie pour un ou des artistes en particulier. J'avais bien vague idée de ce qui me touchais le plus, le moins. Mais faut-il vraiment partager? Il faut, pour se faire une idée, se rendre à la galerie. Chacun peut faire son petit bout de chemin, aller à la rencontre de l'inconnu. La galerie Art Mûr fait un travail énorme dans le dépistage de nouveaux artistes, la meilleure façon de soutenir leur travail sera certainement d'aller y jeter un coup d'oeil.


photo : Guy L'Heureux








Delagates: Chief ot the Earth and Sky, Arthur renwick, 2004



Baliser le Territoire
Galerie Art Mûr, jusqu'au 25 février
5826, rue Saint-Hubert, Montréal




no.





Delegates, Arthur Renwick, 2004
vue d'ensemble, photo : Gur L'Heureux




28.1.12

Disparitions comparées

Lorsqu'à l'intérieur d'une même semaine, on peut voir deux exposition portant sur le même thème, force est de comparer...




DOCU-ART



Certaines exposition portent plus à réfléchir qu'à s'émouvoir. DHC-ART présente depuis le 19 janvier dernier les oeuvres d'artistes internationaux autour d'un thème : Chronique d'une disparition. En toute honnêteté je m'attendais à une exposition à haute teneur écologique. Mais on parle ici de la vraie disparition, celle qui nous force au deuil, au devoir de mémoire, à la fin de l'innocence. Parfois avec, parfois sans plaisir...


5000 Feet is the Best, Omer Fast (2011)
Digital Film, 30 minute loop (Still by Yon Thomas)
Courtesy gb agency Paris and Arratia Beer Berlin



On entend beaucoup parler de guerre, dans une longue vidéo docu-fiction, où les entrevues de véritables "pilotes" de drones de l'armée de l'air américaine sont intercalées avec une entrevue fiction farcie de flash-back troublant. Difficile par son message, 5000 feet is the best d'Omer Fast est toutefois très consensuelle dans sa forme presque télévisuelle. L'oeuvre laisse un goût amer d'absurdité en bouche. Imaginez, le pilote est assis à Las Vegas et dirige son avion destructeur localisé en Afghanistan, un avion qui surveille, élimine, tue. Pas toujours qui et ce qu'il aurait fallu...


Une autre vidéo, de Philippe Pameno JUNE 8, 1968, nous assoie confortablement dans le cercueil de John F. Kennedy et nous fait voyager à travers les États-Unis dans un train funéraire. Ici, ce n'est pas le cercueil qui est le point focal mais bien ceux qui le regardent. Là aussi, tournée comme un documentaire télé, avec costumes et voitures d'époque, le système de projection importe presqu'autant que l'image projetée. L'écran est assez grand pour que le visiteur soit de la même dimension que les personnages filmés.


Plus cocasse les photos de Taryn Simon donnent à voir l'absurdité de la société nord-américaine. Peut-être un peu en-dehors du thème imposé, mais tellement plus esthétiques. Une photo d'une édition en braille du plantureux magazine Playboy côtoie les photos de bassins où les réacteurs nucléaires prennent leur retraite. Une lumière fantomatique sort des réacteurs, une sorte de superbe installation artistique. Nocive un brin.


Totalement étranger quant à moi au reste de l'exposition, Opus (2005) de José Toirac est franchement rigolote. L'artiste a extrait d'un discours fleuve dont Fidel Castro a le secret, tous les chiffres entendus. TOUS les chiffres. Près de cinq minutes de cette énumération numérique dans un ordre aléatoire. La vidéo montre simplement les  chiffres, tandis que le Fidel dit et redit les chiffres. uno, uno, Uno, UNo, UNO, UNO, UNO x 22, cientos, cientos, Cientos, CIENTOS, cienTOS... ainsi va la vie d'un dictateur. On enfile les chiffres, avec ou sans décimales, et on tente de convaincre de leur action sur le passé, le présent et le futur.


 Opus, Jose Toirac (2005)
 Courtesy of the artist
 




Chronique d'une disparition
DHC-ART, jusqu'au 13 mai 2012
451 et 465, rue Saint-Jean
Vieux-Montréal


3D-ART


Debbi-Katia, Fred Laforge 


Si on peut difficilement comparer les moyens du DHC-ART avec ceux de la Galerie [SAS] , force est d'admettre qu'ici la galerie frappe fort dans une thématique identique : ИСЧЕЗНОВЕНИЕ, Disparition, de Fred Laforge joue dans les même plate-bande que ces artistes internationaux. Toutefois le résultat est beaucoup plus émouvant, et la technique éblouissante de l'artiste montréalais laisse sans voix. Il dessine des portraits d'obèses en les pixelisant. Toutefois, c'est au crayon qu'il rend cet effet, non pas à l'ordinateur. Le grossissement de ces obèses, au point d'en devenir flous et évanescents est en fait une double cure d'engraissement : une première par les voix normales (!) et l'autre par le regard qui y est porté. Longtemps on s'attarde sur ces muses qui n'ont rien de conventionnelles, longtemps on admire le temps qui a été écoulé à leur réalisation. Les gros ne sont plus ronds. Ils sont carrés! Les gros sont grossis au point de devenir presque qu'abstrait.


Plus séduisante encore, cette impression en trois dimensions : Personnage.
Personnage, Fred Laforge


Ici, on a l'impression de voir un nombre infini de couches successives de papier (en fait de la résine) dans un collage un peu fou. Ici, l'ordinateur a rendu le produit que Laforge a lui-même créé au dessin. Laforge imite le rendu numérique, le numérique reprend la technique de Laforge. 




Plus troublant si cela se peut, ce sont les portraits de visages défigurés. En temps normal, le visiteur se tournerait de dégoût devant la photo d'un tel visage. Il se permet ici d'observer attentivement. Après tout, ne s'agit-il pas d'une oeuvre d'art. Après tout, les obèses n'ont pas l'exclusivité de la morphologie dérangeante. Si la répugnance qu'exerce ces visages sur notre pauvre rétine violentée est grande, encore plus fascinant est le traitement qui a été apporté à l'image elle-même. Disparus, nos a priori font place à une curiosité presque malsaine!


Visage défiguré 1, Fred Laforge


Décidément, il y a ici multiples disparitions. Disparition des repaires habituels, disparition des normes physiques établies, disparition des formes, disparition des lignes et des courbes. Mais aussi disparition de nos inhibitions. Ce qui est difficilement visible attire. On s'y soumet avec un plaisir déculpabilisé. On regarde longuement, sans gène, vers l'objet a moitié censuré, à moitié visible. On imagine, on peut fantasmer, mais sans cesse on regarde. Le corpus de Fred Laforge représente à coup sûr une magnifique réflexion sur notre perception de l'art et des corps atypiques. 




ИСЧЕЗНОВЕНИЕ, de Fred Laforge
Galerie [SAS], jusqu'au 10 mars 2012,
Belgo Building, 272, rue Sainte-Catherine ouest, suite 416
Montréal







13.1.12

Jouer avec son corps



© Valerie Simmons, Portrait José Navas



Jouer sur scène

Il est déjà là. Dans sa fausse petite loge au fond de la scène ; il se prépare. Il se fond dans la peau de son prochain Personae. De peau, il sera beaucoup question au cours de la soirée.

José Navas est présent sur la planète danse depuis plus de vingt ans. Il danse seul. Il fait danser en groupe. Il chorégraphie autant pour une compagnie de ballet que pour sa propre compagnie, Flak, que pour lui-même. Il se met, où IL se metteNT en scène. José Navas est pluriel. Six facettes de sa personne, six personnes aux milles facettes seront présentées au cours de ce bref mais dense spectacle.

Le danseur est la voix de contre-ténor dans un extrait du Gloria (je crois) de Vivaldi, il est le chien de la mythologie égyptienne sur un poème de Ginsberg chanté par Patty Smith, il est « divine » en danseuse de tango… José Navas a depuis longtemps brisé plusieurs tabous, a franchi plusieurs obstacles, s’est défait de plusieurs tics de la danse contemporaine, comme celui de ne surtout pas danser SUR la musique. Bref l’artiste et l’homme sont mûrs. Il joue ses lui, avec son corps.

Il joue de son corps. La maîtrise technique que le danseur de 47 ans (pourquoi dire son âge, sinon pour se donner un peu d’espoir quant à notre vieillesse !) ne se sent plus. Chacun des muscles, nerfs, os, voire sa peau, répondent au quart de tour à ce que l’artiste demande, ce que l’artiste est, devient. Lors d’une très torride chorégraphie sur un duo ténor basse d’un opéra de Verdi, le danseur au désir exacerbé simule, rêve ou fait rêver d’une baise d’enfer en ne bougeant à peu près pas. Seuls les muscles fessiers et du bas du dos ondulent, dans un mouvement hautement maîtrisé faisant craquer le spectateur, faisant monter la température de la cinquième salle de la PDA… Sur le mot Holy du poème Spell de Ginsberg, le danseur à quatre pattes, revêtant une tête de chien en latex halète et à l'aide de ses seuls muscles abdominaux se contractant et se décontractant en cadence, il nous donne à voir la vision extrêmement viscérale qu'il a de la divinité... En plus grande subtilité : le jeux des mains, doigts et bras sont miraculeux d’éloquence. Oui, Navas joue aussi avec ses mains.

 ©Valérie Simmons, Chien


La pièce de résistance du spectacle demeure tout de même le Boléro de Ravel. OUI ! Cette insupportable musique qui a rendu presque fou son compositeur tellement elle était trop jouée, cette musique à la chorégraphie surannée de Béjart, mis en exergue par un Claude Lelouch incontrôlable à la caméra virevoltante au pied de la tour Eiffel dans ce qui allait devenir un film culte des années 80 : Les uns et les autres, qui a vieilli aussi mal que son cinéaste. 
Comment une musique peut-elle survivre a une telle sur-utilisation ? 
À de tel abus ? 
Comment Navas a-t-il eu l’idée folle de s’y attaqué ? 
Mais surtout comment se fait-il qu’il ait réussi à me faire aimer et la musique et la chorégraphie ? Mystère. 
La très lente montée de 17 minutes, montée de tension, d’énergie, de vélocité m’a soufflé. José Navas n’a-t-il pas peur maintenant de subir le même sort que Ravel, et d’être forcé de danser le Boléro jusqu’à sa mort ? Il a montré un tel génie dans sa chorégraphie comme dans son interprétation, il faut craindre qu’on ne nous laisse plus le voir dans autre chose ! Le danseur est d’origine argentine, ses mouvements de bras au cours de ce spectacle sont largement inspirés de la danse indienne, mais le succès lui, risque fort d’être planétaire.


Avec son corps sur pellicule

Complémentaire, l’exposition de photos de Valérie Simmons présentée à la Galerie D. Dans une première salle, José Navas dans toute la splendeur de ses multiples personnes. Grandes photos glacées, l’homme nu, sexué et assumé. Étourdi, le visiteur fonce dans la salle du fond. Surprise, ici ce n’est pas Navas qui joue avec son corps, mais la photographe. Valérie Simmons a eu l’idée d’emprisonner le danseur dans des tissus translucides, des plastiques etc. Les photos, traitées de façon trash à l’opposé de celles de la première salle, sont le fruit d’un mini reportage. Comment José Navas s’est-il arrangé pour se libérer des chaînes que la photographe lui a imposées. Et l’on retourne dans la première salle, et l’on refait quelques aller-retour. On en croit pas trop ses yeux. L’homme versus son âme ?

 ©Valérie Simmons, Battement no 34

Les photos illustrant mon propos sont visibles dans cette excitante exposition.

Personae, de José Navas Compagnie Flak
Cinquième salle, Place des Arts, jusqu'au 28 janvier


José Navas/Compagnie Flak, Valerie Simmons 
Galerie D, jusqu'au 25 janvier
1239, rue Amherst, Montréal