21.5.12

Bloody Mary, virgin please




Première star.


Blonde, bouclée, Mary Pickford est cette femme enfant qui séduit tous les bienpensants. Reconnue mondialement pour ses qualités d'actrice à l'époque du cinéma muet, elle était un tout petit bout de femme qui en menait large. Actrice caméléon, elle a endossé toutes les parures : la petite indienne, la petite laitière, la petite espagnole... tant qu'elle était petite, qu'il lui arrivait malheur, qu'elle se retrouvait dans de fâcheuses situations pour pourvoir créer un happy end qui lui donne bonne figure, ça marchait. Une véritable machine à tourner (environ 250 films, dont 40 longs métrages), comme la barrière de la langue n'a pas lieu au cinéma muet, Pickford profite alors d'une renommée qui dépasse les frontières. 


Femme d'affaire, elle voudra s'auto-produire. Première et dernière femme à fondé un studio de cinéma à Hollywood, Universal, elle s'associe aux plus grands : Chaplin, Fairbanks, Griffith. Elle cumulera avec succès le double rôle de productrice et d'actrice jusqu'à la venue du cinéma parlant. Non pas qu'elle ait une voix désagréable. Mais Mary Pickford avec les années commence à perdre un peu de crédibilité en jolie petite fille. Le grand public lui reproche par contre d'essayer d'avoir l'air d'une femme "normale". Ce qui lui nuit encore plus ce sont ces sulfureuses Garbo, Dietrich, et autres vamps qui connaissent une ascension vers la gloire. L'actrice au cinéma n'est plus une pauvre petite catholique bien intentionnée. L'actrice hollywoodienne se doit d'être sensuelle, belle et ravageuse. Tout ce que Pickford ne sera jamais. Pickford est une femme de principes. Principes que tous ne partageront pas nécessairement. De plus en plus religieuse, de plus en plus femme d'affaire, Mary Pickford délaisse l'écran assez jeune et passera le reste de sa vie dans l'ombre. "One of the greatest has been" titre un journal d'époque. Plus ou moins flatteur on en conviendra.




Avant-gardiste, elle a été l'image de marque de plusieurs fabricants automobile, de concepteurs de cosmétiques, il y a eu le chapeau Mary Pickford, le camée Mary Pickford, les cartes à jouer Mary Pickford et pour terminer les produits de beauté Mary Pickford. 





Entrez maintenant dans son monde, son coffre aux souvenirs. Le Musée McCord présente Mary Pickford et la création du star-system. Une exposition provenant du TIFF. Tout de rouge tendus, la pièce assez petite créée l'illusion d'un écrin, d'une boîte à bijoux. À l'intérieur : des affiches, des costumes de scène, des produits qui portent son nom, et des dizaines de photos. Vraiment tout ce qu'on pourrait retrouver sur le piano à queue dans le grand salon de madame. Allez fureter, vous imprégner de l'esprit des lieux, espionner quelques détails sur sa vie. Vous constaterez comme moi que Mary voulait beaucoup, mais avec une modération que ceux qui "sont prêts à tout pour réussir" devraient peut-être considérer.




Mary Pickford et la création du star-system
Musée McCord, jusqu'au 8 octobre 2012
690, rue Sherbrooke Ouest, Montréal


Toutes les images proviennent du Musée McCord






no.

La grande CLASSE

 Unicef Bouquet, 1998, sérigraphie 30 7/8" x 27 1/2" ed. 100 
photo : gracieuseté de la Galerie de Bellefeuille



Une superbe maison, un escalier qui tourne au centre, la rue Greene en plein coeur de Westmount : la Galerie de Bellefeuille pourrait en imposer au quidam. Mais il n'en est rien. Les galeristes Hélène et Jacques Bellefeuille vous accueillent comme si vous entriez dans leur salon. Au lieu de vous montrer les photos de leurs enfants qui grandissent, ils vous feront voir les dernières acquisitions, les nouveaux arrivages d'oeuvres d'art qu'ils chérissent et cajolent tout autant que si elles étaient chair de leur chair. Leur catalogue est certainement l'un des plus prestigieux en Amérique du Nord  avec Jim Dine, Damian Hirst, Lucian Freud et autres stars de l'art contemporain mondial.  Voici qu'ils ajoutent un autre très grand nom : Tom WesselmannCe n'est certes pas un hasard. Le Musée des Beaux-Arts de Montréal présente au même moment une première grande rétrospective de Tom Wesselmann (1931-2004). 


Vous ne connaissez pas? Fort possible. Le gars n'était pas très glamour, ne courait pas les vernissages ni les topos à la télé. De la même génération que les Lichtenstein, Oldenberg et Warhol qui ne donnaient pas leur place en "peopolisation"*, Wesselmann s'est tenu à l'écart. Il peignait, faisait collages et découpages et ne tenait pas compte de la renommée qu'il aurait pu en tirer. Débutant sa carrière avec l'abstraction, il y reviendra en fin de parcours. Mais ce que la galerie présente en ce moment est sa production figurative. Période charnière et prolifique et certainement la plus longue dans son parcours. 18 gravures, présentées pour la première fois au Canada, sorties directement des tiroirs de la succession du peintre. Les gravures, hormis (ou à cause de) leur grande importance dans le corpus de Wesselmann ont été parfaitement bien conservées. Imprimées au cours des années '70, à 90 copies chacune, on croirait qu'elles sont fraîchement sorties des presses.


Profondément inspiré de Matisse, il a américanisé la technique. Les couleurs sont celles des Crayola, les thèmes sont ceux des oeuvres classiques : fleurs, natures mortes, nus, objets. Le tout mis à la saveur du jour d'alors. Les objets seront des bouteilles de 7-up, un bol un vase. Comme Matisse il cite également des oeuvres dans ses propres oeuvres. On peut voir l'Elizabeth Taylor de Warhol, une toile de Fernand Léger, de Jasper Jones ou un collage de Matisse parmi d'autres objets, fleurs... Les aplats de couleurs, l'aspect bande dessinée créés par des contours foncés, les fonds blancs et la naïveté dans le dessin mettent en avant-plan ses liens profonds avec les peintres américains de son époque. Époque, faut-il le rappeler, la plus cotée  dans l'histoire de la peinture aux États-Unis. 


 Still life with Liz, 1993, sérigraphie 59 1/2" x 57" ed. 90 
photo : gracieuseté de la Galerie de Bellefeuille

C'est donc un immense cadeau que nous fait actuellement la Galerie de Bellefeuille. Lorsque qu'on nous fait un tel cadeau, la moindre des choses serait de le regarder attentivement. C'est gratuit, beau, sympathique, et c'est tellement tendance d'aimer Wesselmann!




Tom Wesselmann,
Galerie de Bellefeuille, jusqu'au 12 juin
1367, avenue Greene, Westmount






*J'adore parler français de France






no.

12.5.12

Passer à l'acte 3


Beaucoup (trop) de monde au vernissage de Madame, Monsieur jeudi soir...
photo : Georges Labrecque, UQÀM 


Madame Monsieur, voici le temps de jauger du talent des finissants en design graphique de l'UQÀM. Hâtez-vous. Ils n'exposent pas trop longtemps. Jusqu'à demain dimanche. Mais pour le détour vous serez récompensé. Ils, elles, les mesdames et messieurs du graphisme, avaient à présenter quelques uns de leur projets. Certains sont très personnels, voire intimes. Comme ce livre d'image joyeusement auto-érotique d'un Julien Archambault. Un livre, Neverland, de mises en situations pour le moins ludiques, et lubriques parfois. Cet hommage mi-figue mi-raisin à Michael Jackson ne constituera certes pas un CV traditionnel, mais à tous le moins nous permet-il de constater les talents de photographe et de graphiste du Monsieur. Honorable est-il.. du moins sur son site web!


Élizabeth Beaudoin m'a ému avec ses objets reliés aux livres. Son support mural, sans doute un brin inutile, est tentant, donne le goût de commencer un livre sans l'achever pour avoir la possibilité de l'y accrocher. De très belles éditions de livres imaginés, de la mesure et de la sobriété en font l'étoffe d'une grande. Studio Caserne a un certain avenir.


Beaucoup (trop) de choses à voir à l'exposition Madame, Monsieur...
photo : Georges Labrèque, UQÀM


Des dizaines d'exposants finissants, des centaines de visiteurs le soir du vernissage, les joyeux lurons du graphisme avaient tous l'esprit à la fête. Campant devant leur coin de table de présentation, prenant une bière avec leurs amis, ils empêchaient, involontairement souhaitons-le, d'avoir un regard sur leur production. Haut, plus haut, il y avait les affiches. En levant les yeux : quelle joie ! Une équipe de deux comparses : Étienne Aubert Bonn et Alexandre Saumier Demers présentaient une affiche moins clinquante et alléchante a priori, mais oh combien importante. Ils se sont donné pour mission de faire des fontes. Les fontes ce sont ces lettrages, ces typographies que vous voyez sans vous y attarder toutes les fois que vous lisez. Les fontes ne changent pas le monde. Elle l'embellissent et vous donnent la chance de démontrer par vos choix un peu de votre bon goût et de votre culture lorsque vous écrivez. Ici vous lisez en Trebuchet, mais j'ai bien hâte de pouvoir écrire en Martha, la nouvelle fonte de Coppers & Brasses, la toute jeune compagnie de ces tous deux jeunes graphistes. Une question : le graphisme ne se fait-il pas en français chez eux?


Il y a donc des dizaines d'autres projets admirables à voir à l'exposition Madame Monsieur. Quelques heures pour y aller voir. 




Madame, Monsieur : exposition des finissants en design graphique de l'UQÀM



Centre de design de l'UQÀM , jusqu'au 13 mai
1440, rue Sanguinet, Montréal




no.

9.5.12

Passer à l'acte 2

D'autres finissants, d'autres projets. J'avais raté leur défilé, mais heureusement ils exposent quelques pièces de leur projet de fin d'étude. Les étudiants de l'école supérieure de mode, de l'UQAM, ont la chance de faire une fois dans leur vie ce qu'ils ne pourront plus jamais faire. Prendre tout leur temps, y mettre tout ce qu'ils ont dans le ventre pour créer une collection. Dans la vraie vie de créateur de mode, ils n'auront pas assez de temps pour explorer leurs idées, n'auront pas les moyens d'acheter les matières qu'ils veulent. Le monde de la mode carbure à la vitesse et la performance. Le plus vite gagne, les autres peuvent bien crever.


Les chemises de Yundi Morgado


Chanceux ils sont donc. Chanceux sommes-nous de pouvoir regarder un design réfléchi (très), et une confection minutieuse. Sur le site créé spécialement pour les sept finissants de cette année, on trouvera leur parcours, leur façon de parvenir à un résultat étonnant de beauté. À la boutique Atelier B, boutique et atelier de la marque Atelier B justement, vous me suivez toujours?, on peut voir, et on a pas oser, mais aussi toucher les vêtements. Car oui, ce sont des vêtements. Certains seront plus portable que d'autres, certains sont certainement plus accueillant que d'autres. Ces chemises ultra légères en tissu de parachute, avec impression numérique de carreaux classiques garniraient fort bien mon corps de dieu grec. La recherche de matière surpasse de beaucoup celle de créateurs le plus réputés. Yandi Morgado Martinez saura-t-il se maintenir à de telles hauteurs?


Catherine Métivier s'est quant à elle intéressé au comment de la production. Un produit qui peut a priori sembler austère mais qui démontre plutôt une recherche, une étude sérieuse de la tomber du vêtement.


Les jouets de Catherine Métivier



Au spectre opposé, Duc C. Nguyên donne dans le spectaculaire. Couleur unique, matière unique : sa collection géométrique et sculpturale donne à voir un bouquet de fleurs futuristes. Rafraîchissant et pertinant. Il aura eu la chance de faire toute une collection de "show piece", ces pièces qu'on voit normalement à la fin d'un défilé, qui serviront à faire reconnaître une griffe, qui ne seront peut-être jamais portées, mais qui feront le tour des magazines de mode. 


Quelques pièces de Duc C. Nguyên


Maintenant, ils, elles sont attendus au détour! Même pari que pour ces finissants en arts visuels : de qui nous souviendrons-nous dans 20 ans? qui nous habillera pour la saison 2027-28?




Expo finissants en design de mode de l'UQÀM chez Atelier B
jusqu'au 13 mai
5758, boulevard Saint-Laurent, Montréal


no.










7.5.12

Sourire de désespoir

Ancrage, Patrick Bérubé, 2012







Le sourire aux lèvres, le visiteur quitte la galerie [sas]. Il se dit qu'il n'est pas trop bête. Il a compris ce qu'il y avait à voir! Les oeuvres d'art ne se font pas toujours faciles à apprivoiser. Mais l'artiste, et ici commissaire, Patrick Bérubé a sélectionné un ensemble de pièces qui ont en commun de porter un certain discours social en finesse, avec ironie, humour, sans violence. L'absurdité d'un pétrolier flottant sur une mer de pétrole, ou d'une tour en plein désert. L'intrigante maquette d'un trou à rat qui a tout de l'abri militaire pour un dictateur avec labyrinthes et passages secrets. Le fol espoir d'une branche qui veut tellement pousser qu'elle transperce la vitre du cadre qui protège son image.


Parturiunt montes nascetur ridiculus mus, Mathieu Latulippe, 2010




Patrick Bérubé nous présente donc des oeuvres qui sont proches de son esthétique, par des artistes frères. Heureux de revoir les oeuvres de Mathieu Latulippe qui avait fait un tabac à la triennale québécoise et surpris de l'oeuvre "low tech" de Michel de Broin habituellement abonné aux mécanismes complexes. La volonté du commissaire était de nous donner à voir l'art de tourner en rond, avec ou sans bonheur. Le tourner en rond qui devient cercle. Le cercle qui devient vicieux. Le vicieux qui aime l'exposition!


Trou de vers, Michel de Broin, 2010


Fabuleux cercles vicieux
Galerie [SAS], jusqu'au 2 juin
Belgo building, 372, rue sainte-Catherine Ouest, suite 416




no.






Prend garde à toi, Patrick Bérubé, 2012



4.5.12

Passer à l'acte

Subtil à l'excès, détail, Sarah Gagné, 2011
acrylique sur toile, vernis acrylique et cheveux
photo : Nathalie Saint-Pierre, avec le consentement de l'artiste



Yeux embués, trac à fleur de peau, professeurs affichant une nostalgie future antérieure : les finissants de l'École des arts visuels et médiatiques de l'UQAM présentent leur fin de parcours d'apprentis. Demain ils seront leur propre maître. 


Beaucoup de choses à voir, pas toujours intéressantes va sans dire. Certains s'inspirent sans s'assumer, d'autres nous donnent à voir de tels clichés que le visiteurs passera sans trop se rendre compte qu'il s'agit là d'un nouvel artiste. Certains ont une technique déjà prodigieuse, d'autres ne voient visiblement aucun intérêt à voir leurs oeuvres durer dans le temps.


Je me suis fait une tête comme on dit. Je me suis donné une semaine de recul. J'avais demandé des images à la galerie de l'UQAM, qui gentiment présente cette exposition entre deux artistes passablement plus connus. Je voulais revoir, m'assurer que j'avais vraiment choisi des oeuvres qui s'étaient imprégnées dans ma mémoire. 


Finalement mon coeur va à :


deux oeuvres extrêmement fines, raffinées en fait. Technique éblouissante, sens de la mesure -chose difficile chez les artistes en début de carrière qui veulent absolument tout donner dès la première exposition- et esthétisme poétique dans les deux cas.



Paysage, Joanie Tremblay 2012
encre et broderie sur papier
photo : Nathalie Saint-Pierre, avec le consentement de l'artiste



Cahier du week end, samedi 7 avril 2012, Myriam Dion, 2012
papier journal
photo : Nathalie Saint-Pierre, avec le consentement de l'artiste


Cahier du week end, samedi 7 avril 2012,détail, Myriam Dion, 2012
papier journal
photo : Nathalie Saint-Pierre, avec le consentement de l'artiste




Dans la même veine, une toile aux textures fabuleuses, profondes et un brin dramatique. 


Subtil à l'excès, Sarah Gagné, 2011
acrylique sur toile, vernis acrylique et cheveux
photo : Nathalie Saint-Pierre, avec le consentement de l'artiste




Une oeuvre m'a mystifié, on ne comprends pas trop comment c'est fait, mais c'est troublant à souhait. Un passé qui refait surface ou un présent vieilli volontairement ? 



Souvenirs, 2011.04.12, détail, Melle Saulnier, 2011
émulsion liquide altérable à la lumière sur toile
photo : Nathalie Saint-Pierre, avec le consentement de l'artiste


Enfin, une tangente totalement différente chez ce jeune artiste. L'art un peu glauque, près de l'art du tatouage, de la bande dessinée. L'imagerie aux allures et aux couleurs enfantines ne s'adresse toutefois qu'aux adultes avertis. 


les enfants terribles, Élie Chap, 2012
sérigraphie et acrylique sur bois
photo : Nathalie Saint-Pierre, avec le consentement de l'artiste



Prenons un pari qui prendra fin dans 20 ans : Qui de ceux-ci seront reconnus, qui auront tenu le coup, qui seront les prochains professeurs, les prochaines stars de l'art, qui sera, il ne devrait vraiment pas y en avoir plus d'un, notre prochain Riopelle?




Passage à découvert 2012,
Galerie de l'UQAM, jusqu'au 12 mai
local J-R120, pavillon Judith-Jasmin, 1400, rue Berri, Montréal



no. 







29.4.12

Séduction

Graffiti, Francis Fontaine 2012

Parfois, de façon inattendue, on tombe sur quelque chose qu'on aime. On se dit que ça vaut la peine d'être vu, d'être su, d'être connu. Un peintre, jeune et neuf, s'expose de son propre chef dans une petite galerie au Belgo Building. C'est intangible, mais beau. Textures, chatoiements, profondeur de champs; comme un grand, il sait user d'une technique irréprochable pour flatter la rétine, séduire l'intellect et envoûter le passant. Blondeur, noirceur, oxydation et argent mat. Juste pour le plaisir de l'oeil. Et du coeur.


Rebel, francis Fontaine 2012


Les photos me proviennent de l'artiste. Francis Fontaine semble encore trop vert pour être certain de ce qu'il est. Il m'a semblé pourtant mûr pour les murs les plus réputés.


À voir jusqu'au 6 mai






Francie Fontaine, exposition solo
372, rue Sainte-Catherine Ouest, suite 514
Montréal


Tôle, Francis Fontaine 2011
no.

Soigner sa chute

Je pense que nous sommes tous tomber un jour. Une vraie chute, sur le trottoir ou dans la baignoire, une chute qui fait peur, une chute qui brise un os ou notre orgueil. Dans le cadre de la Biennale Internationale d'Art Numérique (BIAN) en cours à Montréal, on présente l'installation audio vidéo de Chantal duPont La Chute







Simple à priori, l'installation donne à voir un groupe de personnes racontant leur chute. Au cours de leur récit leur image disparaît, le son reste. Un danseur-cascadeur mime, reproduit leur chute. La chute est alors accompagnée de musique. Les instruments de musique miment à leur tour l'impression de craquement, de démantèlement du corps en chute non contrôlée. Ici, la musique, en partie improvisée probablement, est l'expression non pas des sentiments mais du physique, l'expression du nerfs qui se tend, de l'os qui se fêle, du muscle qui se déchire. 


Évidemment, tout au long de la présentation qui dure une vingtaine de minutes, j'ai eu une envie irrésistible de raconter "la fois où je suis tombé". Brillante et intuitive, Chantal duPont a prévu le coup et nous permet sur le site web de l'oeuvre de continuer l'oeuvre. Vous pouvez, vous aussi, y raconter votre chute. Exutoire salutaire et ludique, l'oeuvre La Chute, au final nous offre de tomber sur une longue période de temps. 


À voir et entendre, je dirais presqu'à subir! La Chute est présentée jusqu'au 5 mai, encore une petite semaine. En plein centre du Pavillon Coeur des Sciences de l'UQAM, se trouve l'AGORA Hydro-Québec, un endroit magique, multi-fonctions que trop peu de montréalais connaissent. On peut profiter de l'occasion qui nous est offerte pour aller y faire un petit tour.




La Chute, de Chantal duPont
BIAN 2012
175, avenue du Président Kennedy, jusqu'au 5 mai


Paul-André Fortier, chorégraphe


Christian Bujold, Alexis Lefebvre, Simon-Xavier Lefebvre, Sonya Stefan, Anne Thériault, Lucie Vigneault, Michael Watts : danseurs


Robert Bastien : compositeur

Jean Derome, Dominic Gagnon et Rémy Bélanger de Beauport, musiciens

26.4.12

Rage de dents


Disons que vous ayez mal aux dents. Vous le dites à votre chum, à maman ou à votre voisin dans l’autobus. Personne ne réagi. Ni ne réponds. Même pas un haussement de sourcils. Vous ne savez pas trop s’ils ont entendu. Vous allez chez le médecin. « J’ai mal aux dents. Et ça fait un bout de temps que ça dure… » Toujours pas de réaction. Vous vous dirigez vous-même chez le dentiste. Et là, surprise, toujours rien. Vous avez payé pour ça. Vous commencez à avoir vraiment mal aux dents. Vous arrêtez de le dire. Vous le criez. Mais toujours aucune réaction. Même le dentiste semble sourd. Vous faites de grands gestes, vous vous couchez sur son bureau, vous hurlez en tapant des pieds et des poings. Rien. Le dentiste est non seulement sourd, mais, il est aveugle. Et sans cœur visiblement. Il fait comme s’il n’y avait rien à comprendre. Ce n’est pas de ses affaires. Vos dents pourrissent. Vous n’avez plus mal : c’est une rage de dents. Vous hurlez, vous sortez dans la rue, vous vous frappez la tête sur les murs. Pour une fois, on semble vous entendre. Un représentant de la sombre force de l’ordre et de la loi vous arrête. Vous passe un peu à tabac en passant. Question qu’il n’ait pas à refaire le sal boulot une autre fois. Mais ça ne vous soigne pas, votre rage de dents devient une rage de cœur.


Il y a une semaine, le patron du cabinet de dentiste en a lancer une bonne à ses chums de pêches. "Coudons, si y'ont si mal que ça, qu'ils se fassent poser des dentiers!"

Le grand dentiste vous dit : « ok ok, on va regarder ça, mais je vous le dis tout de suite, je ne peux strictement rien faire pour vous. J’ai un bureau tout propre, plein de beaux instruments, mais je n’ai pas du tout envie de tout avoir à nettoyer après votre passage » Le dentiste regarde un peu. Il vous avait accordé un rendez-vous. Mais il quitte le bureau. Où est-il ? on ne sait pas. Il dit à tout le monde que vous avez peut-être mal aux dents, mais qu’il n’y a pas de raison de crier pour ça. « Vous me faites mal aux oreilles avec votre mal de dents ».

La rage aux dents, au cœur rejaillit sur vos voisins. Infecte tout ce qui approche. Le dentiste accumule les demandes de rendez-vous. Il n’est pas là. Il soigne des pieds en ce moment.


ÉTUDIANTS : vous m’inspirez
ÉTUDIANTS : nous ne sommes peut-être pas nombreux, mais nous comprenons votre rage et votre frustration.
ÉTUDIANTS : j’espère que dans 20 ans, quand vous serez à la place de la ministre Beauchamp que vous n’aurez pas oublié, comme elle le fait maintenant, vos idéaux de justice sociale.


Votre carré rouge saigne, mais il se régénère quotidiennement.


no.





je rajoute aujourd'hui cette très belle photo de Raphaël Ouellet, comme quoi...

25.4.12

72 heures plus tard : toujours rien.









Dimanche dernier, j'ai pris part à ce qui aura certainement été le plus grand rassemblement montréalais, québécois et canadien autour du thème de l'environnement, de la planète qui crève, de la pollution qui va nous faire crever. Autour du thème du développement, qu'on voudrait durable, et non pas uniquement au profit de quelques profiteurs. 

Dimanche dernier, j'ai pris part à un happening géant entouré de tous mes amis Facebook (!), nous étions 250 000 parait-il. Avec l'aide de centaines de bénévoles, nous avons fait une grosse main. Vue de haut, la main avait l'air d'un arbre. Il appert que je connais de nom Sylvain Émard, le chorégraphe, qui devait gérer la foule. Mais Émard a eu un sale coup au coeur, et son assistante sur le projet, Annie Roy, de l'ATSA, a pris la relève. Une amie, dont j'ai eu le pouls hier. Encore sous le choc, la dame. Voir du haut d'un édifice cette foule, disciplinée, patiente et calme devenir un immense dessin sous ses yeux. Voir un projet utopique se réaliser, la magie opérer. Certainement un événement dans la vie d'Annie. On en parle partout au monde. De l'arbre. On en parle plus du tout ici.


Dimanche dernier, pour une rare fois, j'étais fier. Entouré de gens de tous âges, de toutes classes sociales, de toutes allégeances politiques, je répète, de toutes allégeances politiques, un groupe compact, uni, imperturbable devant l'inclémente température. Des dizaines de messages tournant tous autour d'un seul et même thème. L'environnement. Des pancartes, des dessins, des affiches. Certains y avaient mis du temps et de l'énergie. On a ri devant certains messages, on a ri très jaunes devant certains messages, on a ri avec des larmes dans les yeux devant certains messages. On ne rit plus. C'est comme s’il ne s'était rien, mais rien passé. Ceux qui prennent des décisions. Ceux qui ont été, pensions-nous, interpellés n'ont toujours pas donné signe de vie depuis dimanche. Rien de rien. À peine quelques topos à la télé. Parait-il que TVA a tout simplement ignoré la chose. Mais sur quelle planète vivent nos politiciens? nos gérants de banque? Sur quelle planète vivent nos Québec's Inc? Une planète nourrie à l'hélium sans doute. 

Dimanche dernier, avec certains amis, nous nous disions qu'il était impossible qu'ils ne comprennent pas le message. Ils? Ceux dont on voyait la gueule sur toutes les affiches. 





Depuis dimanche, je suis un peu plus frustré. Je me sens un peu plus lésé. Renié, oublié par ceux qui nous dirigent. Depuis dimanche, je suis devenu plus radical. Je suis devenu amer, plus engagé. Je n'ai pas envie de les voir gagné. Ils ont tort. Point à la ligne. Ils ne veulent pas voir? ils ne veulent pas entendre? ils ne veulent pas laisser leur place? ils ne veulent pas faire ce pour quoi ils ont été élus et/ou payés? 


Quel moyen nous reste-t-il face à des sourds? des aveugles? et faut-il le rappeler, des imbéciles... hormis le coup de pied au cul?


no.